PRB 02-07F

LE PROJET D'AVION D'ATTAQUE INTERARMÉES

Rédaction :
Michel Rossignol
Division des affaires politiques et sociales
Le 15 juillet 2002
Révisé le 19 février 2003


TABLE DES MATIÈRES

DÉFINITION DU SUJET

CONTEXTE ET ANALYSE

   A.  Origines du projet JSF
   B.  Partenariat avec les pays alliés
   C.  Participation du Canada
   D.  Répercussions possibles sur les plans économique et militaire
   E.  Consolidation du partenariat multinational
   F.  Évolution de la situation

MESURES PARLEMENTAIRES

CHRONOLOGIE

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE


LE PROJET D’AVION D’ATTAQUE INTERARMÉES

DÉFINITION DU SUJET

Le Canada participe à un projet multinational ayant pour but de mettre au point un chasseur-bombardier de nouvelle génération appelé avion d’attaque interarmées (JSF).  Bien qu’il n’ait pas encore décidé de remplacer ses chasseurs CF‑18, le Canada partagera avec d’autres pays alliés les coûts de développement ainsi que les avantages technologiques et industriels associés à ce projet de construction d’un avion de combat, le plus ambitieux et le plus coûteux de l’histoire.  Dans le présent document, nous examinons les répercussions du projet JSF sur le développement économique du Canada ainsi que sur sa politique de défense.

CONTEXTE ET ANALYSE

   A.  Origines du projet JSF

Le projet JSF fait suite au projet de démonstrateur technologique pour futur avion d’attaque (JAST) et à d’autres programmes entrepris par les Forces armées américaines dans les années 1990 dans le but de mettre au point un chasseur-bombardier de nouvelle génération.  Le nouvel appareil remplacera les F‑16 et les A‑10 de l’Armée de l’air américaine, les Harrier AV‑8B du Corps des Marines des États-Unis et les versions plus anciennes du F/A‑18 de la Marine américaine, semblables aux CF‑18 canadiens.  Ces appareils anciens, quoique toujours efficaces, sont en service depuis les années 1980 et devraient atteindre la fin de leur durée de vie opérationnelle aux environs de 2015.

L’objectif, qui était de remplacer plusieurs types d’appareils par un seul, ne sera pas entièrement atteint puisqu’il y aura trois versions du JSF.  L’Armée de l’air américaine recevra la version de base tandis que la Marine américaine utilisera un modèle renforcé capable de résister aux rigueurs des décollages et des atterrissages sur porte-avions; le Corps des Marines des États-Unis utilisera, lui, une variante à décollage court et à atterrissage vertical (ADCAV).  En outre, les Forces armées américaines continueront à utiliser d’autres types de chasseurs dont le F‑22, en cours de développement pour le compte de l’Armée de l’air.  Néanmoins, puisque les trois corps d’armée ont l’intention d’acheter au total presque 3 000 appareils, qui auront une cellule, des moteurs et un poste de pilotage presque identiques, il y a aura des économies d’échelle au niveau de la formation des pilotes, de la production et de l’entretien.  L’Armée de l’air américaine s’est engagée à acquérir 1 763 appareils tandis que la Marine et le Corps des Marines ont l’intention d’en acheter 480 et 609 respectivement.

Vu le coût total prévu du projet – quelque 200 milliards de dollars US – et les risques que comporte la mise au point de nouvelles technologies, la conception finale du JSF a été choisie à la suite d’un processus d’évaluation complexe.  Les concurrents en lice pour obtenir le contrat de production, les sociétés Boeing et Lockheed Martin, ont procédé à des essais en vol afin de démontrer les capacités de leur prototype respectif.  Le 26 octobre 2001, le Pentagone a annoncé qu’il avait sélectionné le F‑35 de Lockheed Martin comme JSF.  La production du F‑35 devrait débuter aux environs de 2008.

   B.  Partenariat avec les pays alliés

Aux prises avec le fardeau que représente la mise au point de plusieurs systèmes d’armes coûteux, les États-Unis ont encouragé leurs alliés à acheter le JSF ou, tout au moins, à devenir leurs partenaires dans ce projet.  Les commandes venant de l’étranger pourraient porter le nombre total d’appareils produits à entre 5 000 et 6 000, ce qui contribuerait à maintenir le coût par unité dans des limites abordables pour les États-Unis et les pays alliés.  L’objectif actuel est de maintenir ce coût à entre 37 et 47 millions de dollars US.  La vente du JSF à de nombreux pays de l’OTAN présente également l’avantage de renforcer l’interopérabilité entre les forces américaines et les forces alliées.  Même s’ils ne s’engagent pas clairement à acheter le JSF, les alliés peuvent contribuer financièrement au coût de mise au point de l’appareil et, ainsi, alléger le fardeau financier des États-Unis.  En échange, ils peuvent avoir une certaine influence sur la conception et les capacités de l’appareil tout en améliorant les chances que des entreprises situées sur leur territoire obtiennent des contrats de recherche ou de production d’éléments.

À la fin des années 1990, un certain nombre de pays ont exprimé leur intérêt pour le projet.  C’est du Royaume-Uni qu’est venu l’engagement le plus ferme; en effet, ce pays a annoncé son intention d’acheter 150 appareils pour remplacer ses Harrier.  Au début de la phase de mise au point et de démonstration des systèmes (SDD), d’une durée de 10 ans, en 2001, le Royaume-Uni a confirmé ses projets d’acquisition ainsi que sa participation en tant que partenaire de niveau 1.  Les partenaires de niveau 1 contribuent au projet à hauteur de plus d’un milliard de dollars US tandis que l’apport des partenaires de niveau 2 se situe entre 800 millions et un milliard de dollars US; celui des partenaires de niveau 3 se chiffre à environ 150 millions de dollars US.  L’annonce du Royaume-Uni est arrivée à un moment critique pour le projet JSF car, tout comme celui d’autres projets importants d’armement, son avenir demeurait incertain tant que le gouvernement Bush n’avait pas terminé son examen de la politique de défense des États-Unis.  Toutefois, à la fin de 2001, spécialement dans la foulée des attentats du 11 septembre, il était clair que les États-Unis étaient déterminés à mener à bien le projet JSF.  De ce fait, de nombreux autres pays ont décidé de participer à la phase SDD.

   C.  Participation du Canada

La participation du Canada a débuté en 1997, année où il s’est vu octroyer le statut de partenaire informé après avoir affecté une somme de 10 millions de dollars US à la phase de démonstration du concept.  Contrairement au Royaume-Uni, le Canada n’a pas annoncé son intention d’acheter de JSF puisque ses CF‑18 devraient rester en service jusqu’en 2017 environ.  D’ailleurs, les radars et autres systèmes des CF‑18 sont en cours de modernisation afin que cet appareil demeure opérationnel dix ans de plus.

Étant donné qu’il est fort probable qu’aucune décision concernant le remplacement des CF‑18 ne sera prise avant des années, les déclarations publiques faites par des représentants du gouvernement ou des Forces armées du Canada au sujet du projet JSF sont rares.  Certains ont néanmoins fait part de l’appui ferme du Canada au projet.  Le 6 décembre 2001, Art Eggleton, alors ministre de la Défense nationale, a mentionné le projet JSF dans le cadre d’un discours qu’il a prononcé devant la Chambre de commerce de Toronto.  Il a dit que la participation du Canada à la phase 1 lui donnait accès à des données techniques très utiles et se traduisait par l’octroi de contrats à des entreprises canadiennes.  Par ailleurs, il a fait part de son intention de recommander au Cabinet que le Canada participe à la phase suivante car, dans les premiers temps, elle pourrait se traduire pour l’industrie canadienne par des contrats d’environ 350 à 450 millions de dollars qui créeraient entre 3 500 à 5 000 années-personnes d’emploi.  On estime que, pendant la durée du projet, les entreprises canadiennes pourraient bénéficier de contrats d’une valeur de 8 à 10 milliards de dollars, ce qui entraînerait de 50 000 à 65 000 années-personnes d’emploi.

L’approbation du Cabinet a préparé la voie à la négociation d’un protocole d’entente (PE) entre les États-Unis et le Canada en ce qui concerne la participation de ce dernier à la phase SDD à titre de partenaire de niveau 3.  Le PE a été signé le 7 février 2002 par Allan Williams, sous-ministre adjoint (Matériels), ministère de la Défense nationale, au nom du ministre de la Défense nationale et par Edward Aldridge fils, sous-secrétaire à la Défense (Acquisition, Technologie et Logistique), au nom du secrétaire américain à la Défense.  Aux termes du PE, le ministère de la Défense nationale versera la somme de 100 millions de dollars US, ce qui constituera sa participation au coût du projet, et il offrira les ressources des installations canadiennes d’évaluation et d’essai qui seront nécessaires ainsi que du personnel pour le Bureau du programme JSF.  Par ailleurs, Partenariat et Technologie Canada fournira la somme de 50 millions de dollars US pour appuyer les contrats, tandis que la Corporation commerciale canadienne offrira ses services.  Le ministère de la Défense nationale peut cesser d’adhérer au PE s’il décide que la participation industrielle du Canada au projet n’est pas satisfaisante.

   D.  Répercussions possibles sur les plans économique et militaire

À court terme, la participation du Canada au projet JFS est en grande partie motivée par le désir de faire en sorte que les entreprises canadiennes obtiennent leur juste part de contrats que génère un projet multinational de cette envergure.  Au fil des ans, les entreprises canadiennes ont remporté de nombreux contrats ayant pour objet de fournir des éléments destinés à divers projets d’équipement des Forces armées américaines mais, depuis la fin de la Guerre froide, elles doivent faire face à une concurrence beaucoup plus vive de la part des industries de défense étrangères.  Si le Canada avait refusé de participer au projet, les entreprises canadiennes auraient probablement eu peu de chance d’obtenir des contrats, surtout si le nombre de partenaires étrangers avait continué à augmenter.  Le Canada a donc adhéré au projet, et en plus il l’a fait dès le début, maximisant ainsi la durée de la participation des entrepreneurs canadiens aux phases de développement et de production de l’appareil.

Bien que les avantages potentiels du projet JSF sur les plans économique et technologique soient importants, il demeure encore à voir à combien exactement s’élèvera la participation du Canada ou d’autres pays pour ce qui est de la valeur des contrats et du nombre d’années-personnes d’emploi.  Selon certains analystes, les avantages économiques des grands projets d’équipement militaire ne sont pas toujours aussi importants qu’on le prétend au début.  En outre, bien que des efforts considérables aient été déployés pour éviter que ce ne soit le cas, le coût du projet JSF pourrait augmenter comme cela s’est souvent produit lors de la mise en œuvre de la plupart des projets d’équipement militaire précédents.  Même si on parvient à contenir le coût, les Forces armées américaines pourraient fort bien décider de limiter le nombre de JSF ou d’en retarder la livraison afin de libérer des fonds pour d’autres projets d’équipement.  En fait, au printemps 2002, les médias signalaient que le Corps des Marines et certains partenaires étrangers s’inquiétaient de ce que la Marine américaine envisageait la possibilité d’acheter un nombre inférieur de JSF.  Si on produit moins d’appareils que prévu initialement, le coût unitaire pourrait augmenter.

Quoi qu’il en soit, même si les États-Unis révisent à la baisse le nombre d’appareils qu’ils prévoient acquérir, le projet JSF entraînera quand même des dépenses d’envergure et pourrait résulter en d’importants avantages économiques.  Par exemple, du fait de leur participation au projet, les entreprises canadiennes et étrangères auront accès à une technologie électronique de pointe et à des procédés de fabrication ultramodernes qui pourraient les aider à remporter d’autres contrats.  En outre, les transferts de technologie et les autres avantages possibles pour les entreprises canadiennes pourraient être plus nombreux si, à une date ultérieure, le Canada décidait de participer au projet en tant que partenaire de niveau 2 ou d’un niveau supérieur.  Par ailleurs, si jamais le Canada se portait acquéreur de JSF, le contrat prévoirait sans aucun doute des avantages industriels régionaux plus substantiels que si la participation du Canada demeurait au niveau 3.

Il est difficile de prédire si le Canada remplacera ou non ses CF‑18 par des JSF; en effet, cette décision pourrait n’être prise que quelques années avant que la flotte actuelle de chasseurs n’atteigne la fin de sa durée de vie utile, soit aux environs de 2017.  Étant donné le long laps de temps qui s’écoulera d’ici là, on ne peut prévoir avec certitude quel sera le climat sur la scène nationale et internationale lorsque le Canada prendra cette décision.  Il n’est pas absolument sûr que le Canada remplace ses CF‑18 par un aéronef piloté ni même qu’il les remplace.  L’évolution des priorités du Canada en matière de défense, l’insuffisance des dépenses de défense pour couvrir le coût d’un appareil de remplacement et la mise au point de technologies nouvelles pourraient conduire le pays à renoncer à se doter de chasseurs.  Celui-ci pourrait décider d’acheter des drones de combat (UCAV) possédant des capacités de chasseur-bombardier pour remplacer ses CF‑18.  Certains succès remportés pendant les opérations en Afghanistan au début de 2002 ont redonné de l’élan à la mise au point d’un drone de combat.

Toutefois, bien que les drones de combat présentent certains avantages par rapport aux avions de chasse pilotés, ils comportent aussi certains inconvénients; de plus, il faudra encore un travail considérable pour perfectionner la technologie nécessaire pour les utiliser efficacement dans des opérations de combat.  Autrement dit, lorsque le premier JSF sera opérationnel dans les Forces armées des États-Unis et celles d’autres pays de l’OTAN, dans les dix années à venir, la technologie des drones de combat n’aura pas nécessairement atteint le point où ces appareils pourront complètement remplacer les avions de chasse pilotés.  En outre, le besoin de chasseurs-bombardiers pilotés n’aura pas nécessairement été grandement réduit par l’existence d’autres systèmes d’armes comme les missiles de croisière et par l’accent accru mis sur les opérations des forces spéciales.  Certains observateurs mettent en doute l’utilité de nouveaux chasseurs-bombardiers étant donné le rôle limité joué par les F‑15 et les F‑16 de l’Armée de l’air américaine dans les premiers temps des opérations de combat en Afghanistan en 2001 en raison de l’absence de terrains d’aviation dans les pays voisins.  Toutefois, les chasseurs-bombardiers opérant à partir des porte-avions américains ont été des participants notables à la campagne en Afghanistan, bien que très dépendants du ravitaillement en vol.  En outre, les opérations qu’entreprendra la coalition à l’avenir pourraient ressembler davantage à celles qui ont été menées en 1999 au Kosovo où les chasseurs-bombardiers ont joué un rôle clé à partir soit de bases terrestres, soit de porte-avions.

Quoi qu’il en soit, si, au cours de la prochaine décennie, et même après, les priorités du Canada en matière de défense incluent toujours la capacité de contribuer aux opérations de la coalition partout dans le monde avec  des chasseurs-bombardiers efficaces, il lui faudra probablement des avions de chasse pilotés aussi performants que ceux de ses alliés.  En outre, si le Canada veut encore pouvoir déployer des chasseurs dans son espace aérien pour intercepter et identifier les intrus afin de faire respecter sa souveraineté, ce que permettent actuellement les CF‑18, il devra maintenir une flotte de chasseurs pilotés.  La question de savoir si le Canada a les moyens de se doter d’une flotte d’avions modernes comme le JSF pourrait dépendre d’arrangements tels que la location d’appareils ou la mise en commun, entre alliés, des ressources concernant la formation et l’entretien.  Quoi qu’il en soit, les priorités du Canada en matière de défense au cours des décennies à venir pourraient nécessiter l’acquisition d’avions comme le JSF.

   E.  Consolidation du partenariat multinational

Bien que dans de nombreux pays, dont le Canada, la décision d’acheter ou non de nouveaux chasseurs-bombardiers ne sera pas prise d’ici de nombreuses années, il n’en demeure pas moins que le JSF se présente comme l’avion de choix pour les membres de l’OTAN et pour d’autres alliés.  Après les États-Unis et le Royaume-Uni, le Canada a été le premier pays à s’engager à participer à la phase de mise au point et de démonstration des systèmes.  D’autres pays n’ont pas tardé à suivre son exemple.  Le 8 février 2002, un jour seulement après que le Canada a signé le protocole d’entente dont il a été question plus haut, le gouvernement des Pays-Bas annonçait son intention de participer à la phase SDD.  Avant même que les Pays‑Bas n’aient pu signer à leur tour un protocole d’entente, le Danemark en signait un le 28 mai 2002, rejoignant le Canada parmi les rangs des partenaires de niveau 3.  Aux Pays-Bas, le gouvernement avait remis sa décision jusqu’après les élections nationales.  Le 4 juin, le Parlement nouvellement élu s’est prononcé dans une forte majorité en faveur de la participation des Pays-Bas en tant que partenaire de niveau 2 et d’un investissement de 800 millions de dollars US.  Bien que les Pays-Bas ne se soient pas engagés à acheter le JSF, les représentants de ce pays ont laissé entendre qu’ils pourraient acheter jusqu’à 85 appareils.

Début juin, l’Italie et la Norvège ont à leur tour confirmé leur détermination à participer à la phase SDD du projet JSF.  Le 3 juin, le Parlement italien s’est prononcé en faveur de la participation de l’Italie et d’une contribution de quelque 1,028 milliard de dollars US, ce qui en fait un partenaire de niveau 2, tandis que le Parlement norvégien, lui,  approuvait une contribution d’environ 126 millions de dollars US, classant ce pays parmi les partenaires de niveau 3.  Le 20 juin, la Norvège a signé un PE avec les États-Unis, suivie le 24 juin par l’Italie qui, de ce fait, s’est vu octroyer cinq postes au sein du Bureau du programme JSF en raison de l’importance de son engagement.  La Turquie est devenue le huitième pays membre de l’OTAN à participer à la phase SDD lorsqu’elle a signé un PE, le 11 juillet 2002, convenant de contribuer au projet à hauteur de 175 millions de dollars US.  Mis à part le Royaume-Uni, les partenaires européens ne se sont pas encore engagés à acheter le JSF et, pour la plupart, ils ne prévoient pas prendre de décision à ce sujet avant 2008.  Quoi qu’il en soit, plusieurs d’entre eux, dont l’Italie et le Royaume-Uni – qui se sont déjà engagés à acheter le chasseur de suprématie aérienne Eurofighter Typhoon – ont laissé entendre que le JSF semblait être le chasseur-bombardier le plus apte à répondre à leurs besoins futurs.

Le 27 juin 2002, l’Australie a annoncé son intention de participer à la phase SDD au niveau 3.  Le gouvernement australien ne s’est cependant pas engagé à acheter d’appareils, remettant sa décision finale à 2006.  Certains députés de l’opposition ont critiqué son engagement à se joindre au partenariat, prétendant que les autres types d’avions pouvant remplacer la flotte australienne de chasseurs F‑111 et F/A‑18 ne seraient pas sérieusement pris en considération.  Le gouvernement a rétorqué que le JSF, chasseur de la prochaine génération, serait plus à même que les autres de répondre aux besoins du pays et que la participation à sa mise au point ouvrirait des débouchés aux industries australiennes.  Bien que l’Australie soit le premier pays n’appartenant pas à l’OTAN à participer de près au projet JSF, on s’attend à ce que d’autres pays dont Israël et Singapour deviennent des partenaires à un niveau inférieur au niveau 3.

   F.  Évolution de la situation

Malgré les engagements pris par nombre de pays à l’égard de la phase SDD et de la mise au point définitive du design extérieur du F-35, annoncée le 23 juillet 2002, certains doutes sur l’avenir du projet ont persisté au long de l’été 2002.  Aux États-Unis, le projet du F-35 doit faire concurrence à d’autres systèmes d’armes coûteux pour sa part du budget de défense à l’heure où les forces et la stratégie militaires américaines évoluent pour profiter des progrès technologiques.  Puisque l’Armée de l’air américaine est déterminée à assurer l’avenir du F-22, rebaptisé F/A-22 pour mettre l’accent sur ses capacités d’attaque au sol, elle pourrait, selon certains analystes, finir par décider de réduire le nombre de F-35 qu’elle compte acheter afin de libérer les fonds nécessaires à la réalisation de son autre projet important.

L’avenir de la version ADCAV du F-35 suscitait également de l’inquiétude, puisque le Royaume-Uni devait décider en 2002 s’il achèterait celle-ci ou le modèle de la Marine américaine.  En effet, il devait alors faire son choix afin de finaliser la conception des deux gros porte-avions qu’il entend construire conformément à la nouvelle politique de défense énoncée dans sa « revue de défense stratégique » de 1998.  Le 30 septembre 2002, le Royaume-Uni a réaffirmé son intention d’acquérir 150 JSF et confirmé son choix de la version ADCAV du F-35.  S’il avait opté pour le modèle de la Marine américaine, seul le Corps des Marines aurait maintenu son engagement à se procurer la version ADCAV, ce qui aurait sans doute soulevé de nouveaux doutes concernant l’avenir de cette version.

L’entente conclue entre la Marine américaine et le Corps des Marines afin de mieux intégrer leurs unités de chasseurs pour réduire les coûts a été une autre source d’incertitude.  Les deux services ont examiné diverses options, notamment l’achat par la Marine de certains F-35 en version ADCAV et la réduction du nombre total de F-35 qu’elle compte acquérir.  Ils ont décidé de retenir la seconde option, puisqu’ils croient que le nouvel appareil sera plus performant et plus fiable que l’actuelle génération de chasseurs et qu’ils auront besoin de moins d’appareils pour remplir leurs missions, compte tenu de la plus grande intégration de leurs unités.  Par conséquent, la Marine américaine compte maintenant acheter 430 F-35 au lieu de 480, alors que le Corps des Marines réduira sa commande de 609 à 350 appareils. Le programme de F-35 n’est pas le seul que touche l’intégration : la Marine américaine réduira également de 648 à 462 le nombre total de F/A-18E et de F Super Hornet, nouvellement entrés en service, dont elle compte faire l’acquisition.

Malgré la réduction du nombre de F-35 que la Marine et le Corps des Marines entendent acheter, Edward Aldridge fils, sous-secrétaire américain à la Défense (Acquisition, Technologie et Logistique), a soutenu, lors d’une conférence de presse tenue le 7 février dernier, que cette décision ne devrait avoir aucune incidence à court terme sur le projet JSF.  Il a aussi mentionné que les ventes potentielles de F-35 à d’autres pays devraient plus que compenser l’impact de la réduction des commandes annoncées par les deux services américains.  Il a aussi déclaré que le coût unitaire de l’appareil, malgré la réduction du nombre d’appareils commandés, demeure au niveau que les États-Unis espèrent maintenir : à savoir 37 millions de dollars US pour la version de l’Armée de l’air, près de 47 millions pour celle de la Marine, et environ 46 millions pour la version ADCAV.  Quoi qu’il en soit, la réduction du nombre d’appareils a eu très peu d’incidence sur le financement du projet.  Dans le budget de défense proposé pour l’exercice 2004 qu’il a présenté au début février, le gouvernement des États-Unis affecte 4,4 milliards de dollars au projet JSF pour la phase SDD.

MESURES PARLEMENTAIRES

Au chapitre 4 de son rapport Faire face à nos responsabilités : l’état de préparation des Forces canadiennes, déposé à la Chambre des communes le 30 mai 2002, le Comité permanent de la défense nationale et des anciens combattants note que la décision du Canada de participer au projet JSF arrive à point nommé en raison des avantages potentiels que présente pour l’industrie canadienne le fait de prendre part à un important projet de technologie de pointe de ce genre.  Le Comité  ajoute que la participation du Canada à ce projet lui laisse une foule d’options s’il décide de remplacer ses chasseurs CF‑18.

CHRONOLOGIE

1993 –

La Marine, l’Armée de l’air et le Corps des Marines des États-Unis lancent le programme du démonstrateur technologique pour futurs avions d’attaque (JAST) dans le but d’étudier la possibilité de mettre au point un chasseur-bombardier commun.

16 novembre 1996 –

Boeing et Lockheed Martin sont choisis pour participer au processus d’évaluation ayant pour objet de sélectionner la conception finale de l’appareil appelé maintenant avion d’attaque interarmées (JSF).

1997 –

Le Canada se voit attribuer le statut de partenaire informé du fait de sa participation à la phase de démonstration du concept.

17 janvier 2001 –

Le Royaume-Uni signe un protocole d’entente (PE) avec les États-Unis afin de prendre part à la phase de mise au point et de démonstration du système (SDD) et réaffirme son intention d’acquérir 150 appareils.

26 octobre 2001 –

Le Pentagone choisit le F‑35 de Lockheed Martin comme JSF.

7 février 2002 –

Le Canada signe un PE avec les États-Unis afin de participer à la phase SDD en tant que partenaire de niveau 3.

28 mai 2002 –

Le Danemark signe un PE afin de participer au projet en tant que partenaire de niveau 3.

17 juin 2002 –

Les Pays-Bas signent un PE afin de participer au projet en tant que partenaire de niveau 3.

20 juin 2002 –

La Norvège signe un PE afin de participer au projet en tant que partenaire de niveau 3.

24 juin 2002 –

L’Italie signe un PE afin de participer au projet en tant que partenaire de niveau 2.

27 juin 2002 –

L’Australie annonce son intention de devenir partenaire de niveau 3.

11 juillet 2002 –

La Turquie signe un PE afin de devenir partenaire de niveau 3.

 

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

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Koring, Paul.  « Canada To Buy Into U.S.  Warplane Project », Globe and Mail (Toronto), 7 février 2002, p. A12.

Koring, Paul.  « Jet Deal To Crown Top Gun », Globe and Mail (Toronto), 25 octobre 2001.

Naik, Amol.  « Le Canada s’inclut dans la fabrication du chasseur de nouvelle génération », La Presse (Montréal), 7 février 2002.

Pugliese, David.  « Canada Sinks $250M Into Stealth Fighter », Ottawa Citizen, 12 janvier 2002, p. A1.

Schneider, Greg.  « Allies Enlisted To Pay For Jet », Washington Post, 11 mars 2001, p. A1.

Sweetman, Bill.  « JSF:  A Revolution Across Three Services », International Defense Review Quarterly Report, no 1, 1998.

Wall, Robert.  « Proposed JSF Cut Unsettles Partners, Marines », Aviation Week and Space Technology, 1er avril 2002.

Wall, Robert, et David Fulghum.  « Lockheed Martin Strikes Out Boeing », Aviation Week and Space Technology, 29 octobre 2001.