Direction de la recherche parlementaire |
PRB 98-1F
LA SOMATOTROPINE BOVINE RECOMBINANTE (STbr)
Rédaction :
TABLE DES MATIÈRES IMPACT DE LA STbr SUR LA SANTÉ IMPACTS DE LA STbr SUR LE SECTEUR LAITIER La gestion de loffre et lindustrie de transformation RÉGLEMENTATION DE LA STbr AU CANADA SITUATION DE LA STbr AU CANADA LA DÉCISION CANADIENNE : QUELLE SUITE? LA SOMATOTROPINE BOVINE RECOMBINANTE (STbr)
Rédaction : La somatotropine bovine recombinante (STbr) est un médicament vétérinaire produit par génie génétique. En ladministrant à des vaches en lactation, on peut augmenter leur production de lait de 10 à 15 p. 100. Lhomologation de ce produit fait lobjet dune controverse au pays depuis le début des années 90, à cause notamment des effets quil pourrait avoir sur la santé humaine. Les différents comités concernés de la Chambre des communes et du Sénat ont régulièrement étudié et tenu des audiences publiques sur ce sujet. En 1994, le Comité permanent de lagriculture et de lagro-alimentaire de la Chambre des communes a publié un rapport intitulé La STbr au Canada et en mars 1999 le Comité sénatorial permanent de lagriculture et des forêts a publié son rapport intérimaire intitulé La STbr et le processus dapprobation des médicaments. En janvier 1999, Santé Canada a décidé de ne pas approuver la vente et lutilisation de la STbr au Canada parce que, à son avis, le produit a des effets négatifs sur la santé des animaux traités. Il sest donc écoulé onze ans entre le moment où la première demande dhomologation dun produit à base de STbr a été déposée en 1988, et celui où Santé Canada, le ministère responsable de lhomologation, a pris une décision. Dans ce document, on présente différents aspects de la STbr et traite de ses effets sur la santé et le secteur laitier, de sa réglementation au Canada ainsi que de son utilisation à létranger. Rédaction : La somatotropine bovine (STb), aussi appelée hormone de croissance bovine, est une hormone protéique naturelle produite par la glande pituitaire chez les bovins. Elle stimule la croissance chez les veaux et la lactation chez les vaches adultes. En effet, on a observé un rapport entre la quantité de STb présente chez les vaches et leur production de lait. La STb se retrouve dans le lait et est dégradée, comme toute autre protéine, par le processus de digestion. Elle est également largement détruite par la pasteurisation. Jusque dans les années 80, le seul moyen dobtenir de la STb était de produire un extrait de glande pituitaire issue danimaux morts comme on obtenait originellement linsuline nécessaire aux personnes atteintes de diabète à partir de pancréas de cadavres humains. Toutefois, la quantité réduite et limpureté du produit nen ont jamais permis une utilisation commerciale. La somatotropine bovine recombinante (STbr) nest rien dautre que de la STb produite à « lextérieur de lanimal ». Le gène qui exprime la STb est inséré dans une bactérie selon la technique de recombinaison de lADN(1). Cette bactérie peut ainsi produire une hormone identique à la STb, que lon appelle STbr. Ce processus est identique à celui qui mène à la production dinsuline, et il permet dobtenir de grandes quantités dun produit très pur. La STbr est un médicament vétérinaire. Lorsquon supplémente des vaches en lactation avec ce médicament, on peut parvenir à augmenter la production de lait de 10 à 15 p. 100; toutefois la consommation daliments des vaches est également stimulée, celles-ci doivent consommer plus daliments afin de satisfaire leurs besoins de production. La STbr produite par les compagnies pharmaceutiques ne diffère que très légèrement de la somatotropine naturelle. Même si, en théorie, il est possible de déceler la présence de la STbr chez les bovins, il est très difficile de le faire en pratique. Il nexiste actuellement pas de méthode pratique pour effectuer des tests de détection, soit directement, soit indirectement à partir du lait ou du sérum sanguin. (1) La recombinaison de lADN consiste en la manipulation du matériel génétique (acide désoxyribonucléique (ADN)) et sert par exemple au transfert de gènes dune espèce à lautre pour créer des hybrides transgéniques de plantes danimaux ou de micro-organismes. IMPACT DE LA STbr SUR LA SANTÉ Rédaction : Les impacts de la STbr sur la santé humaine et animale font encore lobjet de controverse. Certains faits semblent être acceptés par tous :
Les organismes indiqués ci-après ont conclu que le lait issu de vaches traitées à la somatotropine bovine recombinante (STbr) selon les bonnes pratiques vétérinaires ne présente aucun danger pour la santé humaine :
La Division de linnocuité pour les humains (DIH) de Santé Canada avait au départ recommandé quautorisation soit donnée de mettre la STbr en circulation parce quelle jugeait que cette hormone ne posait pas de risque pour la santé humaine. Cependant, certains points méritent lattention, notamment lactivité de la STbr et de lIGF-1 dans le corps humain. Certains soutiennent que la STbr est dégradée, comme toute autre protéine, par le processus de digestion et quelle est inactive chez lhumain car elle est spécifique à lespèce bovine. Il est également soutenu que lIGF-1 est dégradé dans le tube digestif, ce qui le rend biologiquement inactif. Selon le rapport dexamen interne de Santé Canada daté du 10 juin 1998 et intitulé « rbST (Nutrilac) « Gaps Analysis » Report » (Rapport danalyse des lacunes), lhypothèse que ni la STbr ni lIGF-1 nont dactivité biologique lorsquelles sont administrées par voie orales ne serait pas juste en toute circonstances. En effet, une étude de 90 jours portant sur un exposition subchronique chez le rat et présentée par Monsanto a montré quaprès ladministration de fortes doses de STbr par voie orales celle-ci peut être absorbée sous forme intacte à partir du tube digestif et provoquer une réponse immunitaire. Les conséquences de cette observation nont pas été pleinement évaluées par la DIH. Selon ce même rapport, de récentes données expérimentales indiquent que lIGF-1 peut survivre dans le tube digestif et quil peut être absorbé sous forme intacte, en particulier lorsquil est ingéré en présence de protéines du lait. Le rapport demande que les effets locaux des résidus dIGF-1 présents dans le lait de vaches traitées à la STbr soient étudiés plus en détails et que les expositions à lIGF-1 présentées en février 1998 à la conférence du Comité conjoint FAO-OMS sur les additifs alimentaires soient vérifiées chez les nouveau-nés. En effet, le Comité conjoint FAO-OMS sur les additifs alimentaires a conclu en février 1998 que laugmentation de la concentration en IGF-I dans le lait issu de vaches traitées à la STbr est inférieure à la concentration que lon trouve dans le système gastro-intestinal ainsi que dans dautres parties du corps humain. Labsorption dIGF-1 suite à la consommation de lait ne devrait pas entraîner une augmentation de sa concentration dans le corps et les organes même si la totalité dIGF-1 présent dans le lait est absorbée intact dans le tube digestif. Les conséquences dune augmentation de lutilisation dantibiotiques pour combattre le nombre plus important de mammites dues au traitement à la STbr sont également un sujet de préoccupation (voir la section sur la santé animale). En février 1998, le Comité conjoint FAO-OMS sur les additifs alimentaires a étudié la possible contamination du lait par suite de laugmentation du nombre de mammites et de ladministration dantibiotiques à laquelle il faudrait procéder pour combattre une telle augmentation. Il a conclu que lutilisation de la STbr naccroît pas les risques pour la santé humaine une fois que des antibiotiques ont été employés pour traiter les mammites. Laugmentation potentielle de résidus dantibiotiques dans le lait peut être gérée par les pratiques qui existent déjà dans lindustrie laitière(2). Selon le rapport dexamen interne de Santé Canada, le fait que lutilisation de la STbr serait associée à une fréquence accrue de mammites (comme Monsanto le précise sur létiquette du produit) aurait des répercussions sur la santé publique. La possibilité de lapparition dune résistance aux antibiotiques chez les agents pathogènes transmissibles aux humains na pas été étudiée. Au milieu de lannée 1998, Santé Canada a chargé un groupe dexperts, oeuvrant sous légide du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, de réaliser une évaluation de linnocuité de la STbr pour les humains. Dans son rapport remis en janvier 1999, le groupe conclut que :
À partir de ces conclusions, Santé Canada a déterminé que la consommation de produits danimaux traités à la STbr ne présente pas de risque important pour la santé humaine. En mars 1999, un comité scientifique de la Commission européenne a publié son rapport dévaluation des effets de la STbr sur la santé humaine. Il y détermine les risques similaires à ceux étudiés par le groupe dexperts mandaté par Santé Canada, à savoir : risque de cancer dû à une exposition à lIGF-1 pendant toute une vie; réactions allergiques causées par un possible changement dans la composition des protéines du lait; et sélection de bactéries résistantes due au risque de formation de résidus dantibiotiques dans le lait. Contrairement au groupe dexperts canadiens, le comité européen na pas évalué le niveau du risque; il a plutôt recommandé une évaluation plus poussée. Cette opinion est partagée par certains scientifiques qui ont comparu devant le Comité sénatorial permanent de lagriculture et des forêts en avril et mai 1999. Ils estiment que lappréciation des risques est insuffisante et demandent que des études à long terme soient réalisées. Au mois de juin 1999, la Commission du Codex Alimentarius sest réunie à Rome avec, entre autres, lintention détablir une norme internationale (limite maximale de résidus) concernant la STbr. Cette norme, si elle était établie, impliquerait quil existe un consensus scientifique sur les effets de la STbr sur la santé humaine. Les différentes délégations narrivant pas à se mettre daccord, la Commission a décidé de reporter létablissement dune telle norme jusquà ce quun consensus soit atteint. Le premier effet négatif important sur la santé des animaux traités à la somatotropine bovine recombinante (STbr) serait une éventuelle augmentation de lapparition de mammites(3). Plusieurs facteurs favorisent lapparition de mammites : le stade de lactation, lenvironnement, le troupeau, la saison, etc. Des études ont montré quil existe une relation entre le niveau de production laitière et lincidence de la mammite, que les vaches soient traitées ou non avec de la STbr. Les vaches traitées à la STbr produisant plus de lait, il a été suggéré que laugmentation du nombre de mammites serait attribuable à leur niveau de production supérieur et non au traitement avec lhormone. Il est difficile de déterminer quelle part peut jouer le traitement à la STbr dans laugmentation du nombre de mammites. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA)(4) a conclu que lutilisation du Posilac® (nom du produit à base de STbr commercialisé par Monsanto) nétait pas biologiquement significative dans lapparition de mammites par unité de lait produit parce que, comparativement aux autres grandes causes de lapparition de mammites, la STbr a des effets peu importants. Dautre part, le Comité des médicaments vétérinaires de lUnion Européenne a conclu que lemploi des techniques statistiques classiques ne permet pas de conclure que le traitement à la STbr a un effet direct sur lapparition de mammites. Monsanto reconnaît cependant que lutilisation de la STbr peut accroître les risques dapparition de mammites, mais ajoute que dautres facteurs pouvant être gérés entrent alors en ligne de compte. Sur létiquette du produit, la société recommande donc aux agriculteurs dévaluer les pratiques de prévention de la mammite quils utilisent avant de se servir du produit. Dans une étude publiée en 1997, la Virginia Polytechnic Institute and State University remet cependant en cause la méthode employée par la FDA pour évaluer leffet de la STbr sur lapparition de mammites. Elle affirme que les conclusions de la FDA sont en contradiction avec les résultats analysés dans létude et quil faut revoir létiquetage qui laisse entendre que les bonnes pratiques de gestion sont efficaces dans la prévention de la mammite. Dans son étude, luniversité révèle également la faiblesse de certaines conclusions tirées de la littérature scientifique qui a servi à lévaluation de leffet de la STbr sur lapparition de mammites aux États-Unis. Linfluence réelle de la STbr sur lapparition de mammites reste donc un sujet de discussion. En ce qui concerne dautres impacts de la STbr sur la santé animale, létiquette du produit proposée par Monsanto fait état dun certain nombre deffets indésirables tels que des problèmes digestifs, des boiteries et lésions au niveau du pied, des problèmes de reproduction, etc. Ceci est confirmé par un rapport interne de Santé Canada daté du 10 juin 1998, qui conclut que les premières études dinnocuité chez les vaches, bien que de piètre qualité, laissent penser que la STbr peut entraîner des effets tels que des anomalies congénitales, des troubles de la reproduction et une fréquence accrue de boiteries. En 1999, deux rapports sont venus étoffer les aspects de santé animale. Tout comme il avait constitué un groupe dexperts chargé de lévaluation de linnocuité de la STbr pour les humains, Santé Canada a chargé un second groupe, sous légide de lAssociation canadienne des médecins vétérinaires, détudier les aspects de santé animale liés à lutilisation de la STbr. Dans son rapport publié en janvier 1999, ce groupe a conclu que lutilisation de la STbr entraînait « des risques accrus de mammites, dinfertilité et de boiterie pouvant atteindre respectivement 25, 18 et 50 p. 100. Ces risques accrus et la détérioration générale de la santé de lanimal se traduisent par une augmentation de 20 à 25 p. 100 du risque délimination génétique du troupeau ». Cest sur la base de ces conclusions que Santé Canada a décidé de ne pas approuver la vente de la STbr au pays. De plus, le Comité scientifique sur la santé des animaux et le bien être des animaux de la Commission Européenne a publié un rapport en mars 1999 dont les conclusions abondent dans le sens du groupe de Santé Canada qui a étudié les effets de la STbr sur la santé animale. Le comité recommande que la STbr ne soit pas utilisée parce quelle cause des mammites, des boiteries et des réactions au site dinjection chez les animaux traités. (1) Organisation des Nations Unies pour lalimentation et lAgriculture (FAO) et Organisation mondiale de la santé (OMS). (2) Au Canada, il existe des programmes de surveillance dans chaque province. Avant que le lait dun producteur soit mis en commun, il doit être certifié comme étant exempt de résidus dantibiotiques. (3) La mammite est une inflamation de la mamelle. (4) Aux États-Unis, la FDA est responsable, entre autres, de lévaluation et de lhomologation des produits vétérinaires pour animaux destinés à la consommation. IMPACTS DE LA STbr SUR LE SECTEUR LAITIER Rédaction : En septembre 1994, le ministère de lAgriculture et de lAgroalimentaire a créé un groupe de travail sur la somatotropine bovine recombinante (STbr) composé de représentants de lindustrie, des producteurs, des consommateurs et du gouvernement. Le groupe de travail sur la STbr a examiné limpact potentiel de celle-ci sur le secteur laitier au Canada dans son rapport de mai 1995 intitulé Examen de limpact possible de la somatotropine bovine recombinante (STbr) au Canada. Dans ce rapport, le groupe sest penché sur les coûts et les avantages de ladoption de la STbr pour le secteur laitier dans son ensemble, pour le système de la gestion de loffre, pour les fermes laitières et pour le secteur de la transformation des produits laitiers. Il a également étudié limpact de la STbr sur le génome et sur lévaluation génétique des bovins laitiers au Canada. Les éléments présentés dans cette partie sont tirés de ce rapport. La gestion de loffre et lindustrie de transformation Les auteurs de létude ont conclu que lusage de la STbr naurait quun effet relativement faible sur le calcul du coût de production utilisé pour déterminer le prix cible du lait, à moins que son utilisation soit presque généralisée chez les producteurs. De même, selon eux, la valeur des quotas de production changerait très peu à long terme. Un double système de mise en marché qui établirait une distinction entre lait exempt de STbr et lait indifférencié(1) coûterait très cher au Canada. La différenciation des produits impliquerait une complète restructuration du système canadien de gestion de loffre et des coûts très importants pour lindustrie de la transformation laitière. Lors des audiences du comité sénatorial permanent de lagriculture et des forêts en octobre 1998, le Conseil national de lindustrie laitière du Canada a estimé que la ségrégation du lait coûterait environ 500 000 $ par usine et quelle ne pourrait se pratiquer que dans de petites laiteries. Une des conclusions du groupe de travail était que les prix diminueraient, que la consommation de lait reste stable ou quune réaction défavorable des consommateurs entraîne une chute des ventes. Les consommateurs en profiteraient si les économies réalisées leur étaient entièrement transmises. Dans le cas où il y aurait une baisse des ventes de 3 p. 100, la rentabilité du secteur diminuerait de 2,4 p. 100 en moyenne; cependant, le revenu net de lexploitation laitière se maintiendrait. La STbr étant un outil de gestion, il est peu probable que son utilisation se généralise. La gestion des fermes reste un facteur de rentabilité plus important que lusage de la STbr. Lemploi de ce produit ne requiert pas dinvestissement additionnel majeur du type construction de bâtiment. Cependant, certains coûts supplémentaires sont à prévoir pour ladministration du produit, le fourrage supplémentaire, etc. Ce sera à lagriculteur de faire son choix en fonction de ses calculs économiques. Selon des études, ce produit aurait une influence minime sur le nombre dexploitations laitières canadiennes et son utilisation serait rentable pour la plupart des entreprises laitières commerciales. Cest la qualité de conduite de lélevage qui influera sur la hausse de la production laitière et non la taille de lexploitation. Bien quil existe dautres moyens daugmenter la production, les agriculteurs des États-Unis estiment que la STbr est un outil particulièrement adapté aux petits producteurs laitiers(2). Les scientifiques qui ont évalué limpact de la STbr sur lévaluation génétique des bovins laitiers ont conclu que lhomologation du produit ne doit pas dépendre de son incidence sur la génétique animale. Ils ont cependant présenté 15 recommandations destinées à réduire leffet du produit sur les programmes damélioration génétique, notamment poursuivre les recherches sur la corrélation entre la STbr et la génétique animale. (1) Le lait indifférencié serait constitué de lait dont on ne saurait pas sil est issu de vaches traitées à STbr ou non. (2) Comité sénatorial permanent de lagriculture et des forêts, La STbr et le processus dapprobation des médicaments, rapport intérimaire, mars 1999. RÉGLEMENTATION DE LA STbr AU CANADA Rédaction : La somatotropine bovine recombinante (STbr) est un médicament vétérinaire fabriqué grâce au génie génétique. Il permet, lorsquon lutilise sur des vaches en lactation, daugmenter la production de lait de 10 à 15 p. 100. Lhomologation dun tel médicament relève de la Loi sur les aliments et drogues et de son règlement dapplication. Santé Canada est le seul ministère responsable de lhomologation de la STbr au Canada. Lhomologation inclut, entre autres, une évaluation de linnocuité tant pour les animaux que pour les humains qui consomment des produits animaux. La réglementation vise également lévaluation de la pureté, de lefficacité, de la puissance et de la stabilité du médicament. Lorsque le médicament est conforme aux exigences réglementaires, Santé Canada émet un avis de conformité. Tant que la STbr na pas reçu davis de conformité, elle ne peut être vendue légalement au Canada. Le 14 janvier 1999 Santé Canada a annoncé quil napprouverait pas la vente de la STbr au Canada. La somatotropine est visée à lannexe F, Partie I du Règlement sur les aliments et drogues. Un médicament visé à cette annexe ne peut être vendu que par un praticien autorisé au Canada. Si la STbr reçoit un avis de conformité, elle ne pourra être vendue à un producteur laitier que par un vétérinaire autorisé. Ce dernier devra donc recommander à son client la meilleure façon dutiliser ce produit. La pratique de la médecine vétérinaire est codifiée par les organismes provinciaux chargés de délivrer les permis que doit détenir tout vétérinaire pour exercer son métier. Ainsi, le fait que seuls les praticiens autorisés puissent vendre des médicaments vétérinaires constitue un contrôle de la vente de ces produits et, par conséquent, un moyen den limiter lutilisation abusive. Santé Canada est responsable de létiquetage obligatoire ayant trait à des questions de santé, telles que la présence de produits allergisants, ou la modification de la composition nutritionnelle. LAgence canadienne dinspection des aliments (ACIA) soccupe de létiquetage qui na pas trait à la sécurité alimentaire, cest-à-dire létiquetage volontaire et létiquetage destiné à protéger le consommateur contre toute fraude. LACIA veille à ce que les produits laitiers canadiens et importés soient conformes à la réglementation en matière de qualité et détiquetage. Il est très probable que des produits comme du fromage ou du yogourt fabriqués à partir de lait issu de vaches traitées à la STbr aient été importés au Canada. En effet, lutilisation de la STbr est approuvée aux États-Unis depuis février 1994. Aux États-Unis, le lait provenant de vaches traitées à la STbr étant considéré comme aussi sûr que le lait provenant de vaches non traitées, il ny a pas détiquetage concernant la STbr pour les produits laitiers. De plus, selon lACIA, il ny a aucun moyen didentifier ces produits. Les produits laitiers étant cependant identifiés par pays dorigine, il est donc possible pour le consommateur de faire un choix selon les pays ayant approuvés ou non la STbr. Par contre, les produits dont le lait nest quun ingrédient parmi dautres (la crème glacée par exemple) deviennent des produits de fabrication canadienne quelle que soit lorigine des matières premières. Si lutilisation de la STbr était approuvée au Canada, lavis de conformité impliquerait que le produit ne présente pas de danger notable pour la santé humaine. Quand un produit ne constitue pas un danger, Santé Canada nexige pas détiquetage obligatoire. Un étiquetage volontaire est permis si les renseignements sont vérifiables. SITUATION DE LA STbr AU CANADA Rédaction : En octobre 1985, Santé Canada émet le premier certificat détudes expérimentales pour un produit à base de STbr, concluant que le lait des animaux auxquels on a administré le produit ne présente aucun danger pour la santé humaine. Provel, une division de Eli Lilly Canada Inc., fait une demande dapprobation de son produit à base de somatotropine bovine recombinante (STbr) en mars 1988. À la demande de Provel, la demande est mise en suspens en mai 1996. En 1990, Monsanto Canada fait une demande dhomologation pour son produit à base de STbr (sometribove, commercialisé sous le nom « Nutrilac »). En avril 1994, le Comité permanent de lagriculture et de lagro-alimentaire publie un rapport intitulé La STbr au Canada. Le Comité y présente sept recommandations dont les suivantes : décréter un moratoire dun an, profiter de ce moratoire pour examiner en détail limpact de la STbr et créer un groupe de travail chargé dexécuter les taches prévues pendant ce moratoire. Un moratoire dun an sur la vente de STbr est mis en place en juillet 1994. Ce moratoire est toujours en vigueur. En septembre 1994, le ministre de lAgriculture et de lAgroalimentaire constitue un groupe de travail sur la STbr; ce groupe comprend un représentant de chacune des organisations suivantes : Agriculture et Agroalimentaire Canada, Association des consommateurs du Canada, Les Producteurs laitiers du Canada, Industrie Canada, Monsanto Canada inc., le Conseil de lindustrie laitière du Canada et Provel (division de Eli Lilly Canada Inc.). En mai 1995, le groupe de travail sur la STbr publie son rapport intitulé Examen de limpact possible de la somatotropine bovine recombinante (STbr) au Canada (voir la section Impacts de la STbr sur le secteur laitier). En mai 1997, dans un article du Globe and Mail, il est signalé que des scientifiques de Santé Canada remettent en question le processus dévaluation de la STbr pour la santé humaine. En juillet 1997, les Producteurs laitiers du Canada demandent que le vérificateur général examine le processus dapprobation de la STbr, que la commission du Codex alimentarius(1) se prononce sur linnocuité de lhormone et que Santé Canada informe le public du processus dévaluation du risque utilisé pour lhomologation. En juillet 1997, les Pays-Bas proposent une motion au Codex alimentarius, dans laquelle ils demandent le report de létablissement dune limite maximale de résidu pendant la réévaluation des données concernant la santé humaine par le Comité conjoint FAO-OMS sur les additifs alimentaires et lexamen de lapplication d« autres facteurs légitimes que lanalyse scientifique ». Le Canada vote contre la motion. En janvier 1998, Santé Canada met sur pied un groupe dexamen interne composé de quatre évaluateurs, dont deux des scientifiques qui font partie du bureau responsable de lévaluation de la STbr et qui ont remis en question le processus dévaluation dans les journaux. Le mandat du groupe est dexaminer les données fournies au ministère sur linnocuité pour les humains et de relever les lacunes sur le plan méthodologique et scientifique. Le groupe dexamen interne produit deux rapports : le premier, qui porte sur lanalyse des lacunes et est daté du 21 avril 1998, est unanime; le second, daté du 10 juin 1998, est signé par les deux évaluateurs de Santé Canada ne faisant pas partie du bureau responsable de lévaluation du produit. Dans les deux rapports, il est dit que létude sur la STbr a comporté des lacunes sur le plan méthodologique et scientifique. Le 7 septembre 1998, Santé Canada annonce quune décision concernant lhomologation de la STbr ne sera rendue quaprès la rencontre de la Commission du Codex alimentarius à Rome, en juin 1999. Lors de ses audiences sur la STbr en octobre 1998, le Comité sénatorial permanent de lagriculture et des forêts reçoit les membres du groupe dexamen interne. Ces audiences mettent en évidence que le processus dévaluation de la STbr na pas toujours été correctement suivi. Des témoins font part de problèmes de gestion à Santé Canada et allèguent quil y a eu des pressions, de la coercition et du vol de documents en ce qui concerne le dossier de la STbr et que la loi du silence a été imposée à cet égard. Entre-temps, deux groupes dexperts sous légide de lAssociation canadienne des médecins vétérinaires pour ce qui est de la santé animale et du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada en ce qui concerne la santé humaine procèdent à une évaluation du produit à la demande de Santé Canada, qui souhaite inclure les résultats dans son processus de décision. Les deux comités remettent leurs rapports en janvier 1999. Le Comité détude de la santé humaine constate que la consommation des produits des animaux auxquels on avait administré de la STbr ne comporte aucun risque important pour la santé humaine. Le comité détude des effets de la STbr sur la santé animale constate toutefois « des risques accrus de mammites, dinfertilité et de boiterie pouvant atteindre respectivement 25, 18 et 50 p. 100. Ces risques accrus et la détérioration générale de la santé de lanimal se traduisent par une augmentation de 20 à 25 p. 100 du risque délimination génétique du troupeau ». Faisant suite aux rapports des comités dexperts, Santé Canada annonce le 14 janvier 1999 quil napprouvera pas la vente de la STbr au Canada. En mars 1999, Comité sénatorial permanent de lagriculture et des forêts publie son rapport intérimaire intitulé La STbr et le processus dapprobation des médicaments. Malgré la décision de Santé Canada, il recommande, entre autres, de « némettre aucun avis de conformité pour la STbr avant que le fabricant présente les études à long terme que le groupe dexamen interne sur la STbr de Santé Canada juge comme de linformation manquante dans la présentation ou quun examen de ces études indique plus précisément sil y a des risques pour la santé humaine ». Tant que la STbr na pas reçu davis de conformité, elle ne peut être vendue légalement au Canada. (1) La commission du Codex alimentarius (code alimentaire en latin) relève de lOrganisation mondiale de la santé (OMS) et de lOrganisation des Nations Unies pour lalimentation et lagriculture (FAO); il compte 146 pays membres. Depuis sa création en 1962, elle a pour but, entre autres, de définir des normes alimentaires et des codes dusage en matière dhygiène et de technologie et dévaluer sous langle de leur sécurité des additifs alimentaires et des contaminants (elle a évalué plus de 700 additifs et fixé plus de 3 200 limites maximales de résidus pour les pesticides). Rédaction : Aux États-Unis, la vente de la somatotropine bovine recombinante (STbr) est autorisée depuis février 1994. La loi américaine nexige pas que le lait issu de vaches traitées à la STbr soit étiqueté comme tel. Il est permis détiqueter le lait comme étant exempt de STbr, mais cette déclaration doit être accompagné dune mention indiquant que la Food and Drug Administration a déterminé quil nexiste pas de différence significative entre le lait provenant de vaches traitées à la STbr et le lait issu de vaches non traitées. La réaction du consommateur américain a été étudiée par Georges Brinkman, un économiste de luniversité de Guelph. Dans lannée qui a suivi lintroduction de la STbr, la consommation de lait est demeurée constante. Il semble que cette tendance ait été surtout attribuable à loffre dun seul produit indifférencié. En effet, aux États-Unis, le lait nest pas identifié comme provenant de vaches traitées à la STbr ou non. Par contre, le lait peut être volontairement étiqueté exempt de STbr, à condition quil soit précisé quil ny a pas de différence significative entre le lait des vaches traitées à la STbr et celui des autres. Durant la période allant de janvier à août 1996, la consommation de lait a même augmenté de 0,9 p. 100 par rapport à celle de la même période en 1995. On estime que les ventes de lait de consommation reconnu comme exempt de STbr représente moins de 2 p. 100 des ventes totales de lait aux États-Unis. Le lait identifié exempt de STbr se vend à des prix de 10 à 15 p. 100 supérieurs à ceux du lait non différencié. Dans les marchés où lintroduction de la STbr avait suscité de vives inquiétudes, la vente de lait identifié comme exempt de STbr a diminué; en 1995, elle ne représentait quau plus 5 p. 100 des ventes totales dans lÉtat de New York et à Minneapolis. Par contre, au Wisconsin et au Vermont, les habitudes sont différentes. Au Wisconsin, les ventes de lait identifié comme exempt de STbr représentaient le choix de la majorité des consommateurs en 1995; cependant, en 1996, la majorité du lait de consommation vendu dans cet État létait sans étiquette et pouvait donc provenir de vaches traitées avec cette hormone. Au Vermont, le lait de consommation provenant dentreprises reconnues comme produisant du lait exempt de STbr représentait la majorité des ventes en 1996. Dans ces deux États, lexistence dun double système de mise en marché de lait exempt de STbr et de lait non différencié a semblé nécessaire au maintien des ventes. Il semble cependant que lopposition à la STbr ait découlé en partie des préoccupations à légard du mode de vie rural et ait été autant le fait des producteurs que celui des consommateurs. À léchelle du pays, des études menées en 1996 ont montré que la STbr ne préoccupe plus le consommateur américain. La consommation du lait aux États-Unis semble varier plus en fonction de laugmentation des prix, de la publicité et de la teneur en matière grasse que de lutilisation de cette hormone. Cependant, à la lumière des renseignements rendus public par le Sénat du Canada à propos des lacunes scientifiques concernant lévaluation de la STbr, deux sénateurs américains et plusieurs groupes de défense de lintérêt public ont exhorté la Food and Drug Administration de revoir ses conclusions sur la STbr. Malgré le fait quelle reconnaisse labsence deffet de la STbr sur la santé humaine, lUnion Européenne a imposé un moratoire sur lutilisation de cette hormone jusquau 31 décembre 1999. Cette décision repose essentiellement sur des considérations socio-économiques telles que la crainte de pénaliser les petits agriculteurs, lexistence de surplus de lait et la crainte de la réaction des consommateurs. LUnion Européenne déclarerait ainsi que lutilisation de la STbr est contraire à la Politique agricole commune (PAC). Il ny a cependant pas dinterdiction frappant limportation de produits laitiers en provenance de pays où lutilisation de la STbr est autorisée. En mars 1993, le Groupe de conseillers pour léthique de la biotechnologie (GCEB), mandaté par la Commission Européenne, a émis un avis qui reconnaît que la question de la commercialisation ou de la non-commercialisation de la STbr dans lUnion Européenne est essentiellement un problème politique. En juin 1998, le Institute of Food Science & Technology de Grande-Bretagne a émis un avis dans lequel il conclut quil ny a aucune raison scientifique ou morale dexiger un étiquetage distinguant le lait ou la viande provenant de vaches traitées à la STbr. En juillet 1997, les Pays-Bas, exprimant lopinion de lUnion Européenne, ont proposé une motion au Codex Alimentarius(1). Dans cette motion, il était demandé que létablissement dune limite maximale de résidu pendant la ré-évaluation des données concernant la santé humaine par le Comité conjoint FAO-OMS sur les additifs alimentaires et lexamen de lapplication des « autres facteurs légitimes que lanalyse scientifique » soit reporté. LUnion Européenne cherche ainsi à légitimer son approche dévaluation du produit par des critères autres que scientifiques. En mars 1999, deux comités scientifiques de la Commission Européenne (Direction générale 24, Politique des consommateurs et protection de leur santé) ont donné leur avis sur la STbr. Dans son rapport, le Comité scientifique sur la santé des animaux et le bien-être des animaux recommande que la STbr ne soit pas utilisée parce quelle cause des mammites, des boiteries et des réactions au point dinjection chez les vaches laitières. Le Comité scientifique sur les mesures vétérinaires liées à la santé publique a déterminé différents risques, à savoir : risque de cancer dû à une exposition à lIGF-1 pendant toute une vie; réactions allergiques causées par un possible changement dans la composition des protéines du lait; et sélection de bactéries résistantes due au risque de formation de résidus dantibiotiques dans le lait. Contrairement au groupe dexperts canadiens qui a évalué linnocuité de la STbr pour les humains pour Santé Canada, le comité européen na pas évalué le niveau du risque et a plutôt recommandé une évaluation plus poussée. Hormis les États-Unis, les pays suivants ont autorisé lutilisation de la STbr : Afrique du Sud, Brésil, Colombie, Corée, Costa Rica, Égypte, Émirats Arabes-Unis, Honduras, Israël, Jamaïque, Kenya, Mexique, Namibie, Pérou, Russie, Slovaquie, Turquie et Zimbabwe. Après une étude de 12 mois, lAustralie a décidé, en septembre 1992, de ne pas approuver la STbr pour des raisons uniquement commerciales. En effet, la plupart des exportations australiennes de produits laitiers vont dans des pays qui nont pas approuvé la STbr. Ce dossier na pas été rouvert depuis cette date. (1) Voir note 1 dans la section « Situation de la STbr au Canada ». LA
DÉCISION CANADIENNE : Rédaction : Les récents faits nouveaux concernant la somatotropine bovine recombinante (STbr) au niveau international et au Canada soulèvent un certain nombre de questions. Tout dabord, en février 1998, le Comité conjoint FAO-OMS sur les additifs alimentaires a conclu que le lait et la viande issus de vaches traitées à la STbr ne présentent aucun danger pour la santé humaine. Le rapport du comité a été transmis au Codex alimentarius(1), et au mois de juin 1999, la Commission du Codex alimentarius sest réunie à Rome avec, entre autres, lintention détablir une norme internationale concernant la STbr. Les différentes délégations narrivant pas à se mettre daccord sur les effets du produit sur la santé humaine, la Commission a décidé de reporter létablissement dune telle norme jusquà ce quun consensus soit atteint. LOrganisation mondiale du commerce (OMC) utilise de plus en plus fréquemment les décisions du Codex alimentarius comme référence technique et scientifique lorsquelle a à régler les différends commerciaux entre pays (voir la décision du panel Canada-Europe sur linterdiction dimportation de viande bovine provenant du Canada en Europe). Toutefois, les pays participants ne sont en aucun cas tenus de suivre les décisions du Codex Alimentarius. En janvier 1999, Santé Canada en rendant sa décision sur la STbr, a précisé que lingestion de produits danimaux traités à la STbr ne posait aucun risque significatif pour la santé humaine; il a interdit la vente et lutilisation du produit au Canada pour des considérations de santé animale. Le Canada ninterdit donc pas limportation de produits laitiers de pays où la STbr est utilisée; il est donc peu vraisemblable quil fasse lobjet dune plainte auprès de lOMC à cet égard. Étant donné le désaccord au niveau international au sujet des effets de la STbr sur la santé humaine, labsence dune norme internationale sur le produit rend une plainte encore plus hypothétique. Afin que Santé Canada puisse revoir sa décision, le ou les fabricants de produits à base de STbr doivent soumettre à nouveau une Présentation de drogues nouvelles (PDN). La compagnie Monsanto semblait vouloir agir dans ce sens mais en août 1999, elle navait toujours pas entrepris de démarche pour soumettre une nouvelle présentation. À ce titre, les audiences du Comité sénatorial permanent de lagriculture et des forêts tenues en avril et mai 1999 ont montré quil existe toujours un désaccord au Canada concernant linnocuité du produit pour les humains. Voir note 1 dans la section « Situation de la STbr au Canada ». |